I. Avant le XIIème siècle, une connaissance très fragmentaire du site 

Pour l’époque romaine, Montélimar se laisse mal deviner. Située sur l’axe commercial de la via Agrippa (rive gauche du Rhône), Montélimar n’est pas une colonie construite pour les vétérans de l’armée romaine -contrairement à valence, au nord, fondée par César en 46 av. J-C ou encore Orange, au sud, créée en 35 av. J-C par Octave, futur Auguste.
Plusieurs documents cartographiques d’époque tardive (llle et IV siècles) évoquent la localité d’Acunum (Ancône ? le quartier d’Aygu ?), siège probable de commerçants lyonnais naviguant sur le Rhône. Sur le site actuel de l’église Sainte-Croix, s’élevait, en bordure du forum, une basilique civile : en cas d’intempéries, les habitants venaient s’y réfugier pour y traiter leurs affaires, se rassembler ou assister aux séances des tribunaux.
Quant à la diffusion du christianisme dans la région, l’absence de sources écrites et le caractère très clairsemé des fouilles archéologiques nous empêchent d’en savoir davantage, même si la vallée du Rhône apparaît comme un axe de pénétration majeur (diffusion des idées et brassage culturel par les voyageurs et les commerçants, martyrs de Lyon en 177...).
Autrement dit, si le lien est difficile à faire entre l’antique Acunum et le bourg médiéval de Montait, dominé par le château qu’ont érigé les seigneurs Adhémar, nos connaissances sont encore plus ténues pour l’église de Sainte-Croix, puisque sa première mention dans un document écrit ne date que de 1183.

II. Entre les  XIIèmes et XVème siècles  :

SAINTE-CROIX AU CŒUR DU BOURG RELIGIEUX ET MARCHAND.
Pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière : vers 800, le monastère de l’Ile Barbe de Lyon est « relevé de ses ruines et restauré ». Or, dans la bulle pontificale de Lucius III, datée de 1183, qui confirme l’ensemble des possessions de cette abbaye bénédictine, 11 églises ou chapelles, dont l’église Sainte-Croix, sont mentionnées pour le territoire de Montélimar et ses proches environs. En cette fin du XIIe siècle, la ville compte ainsi 5 ou 6 paroisses, toutes desservies par les bénédictins de l’Ile Barbe.

III. Localisation de l’église Sainte-Croix dans le bourg médiéval

L’église, flanquée de 2 cimetières, est située dans le centre de la localité, dans le quartier bourgeois et commerçant, c’est-à-dire à proximité de la place du Marché, dite place de la Pierre, nouveau centre de l’activité commerciale, et proche des rues spécialisées dans la vente de certains produits : rue de la Fruiterie (l’actuelle Grand’Rue) rue de la Boucherie (rue Sainte-Croix), rue Bouverie ou encore rue de la Monnaie (près du quartier juif au nord-est de la ville).
Sainte-Croix n’est pas la seule église du bourg : celle du couvent des Franciscains (ou cordeliers) à l’emplacement actuel de l’Hôtel de Ville, ou l’église Saint-Pierre située à l’ombre du château des Adhémar sont autant de pôles qui animent la vie religieuse des différents quartiers.

IV. Le dynamisme de la vie religieuse à la fin du Moyen-Age

4 caractéristiques permettent de prendre la mesure de cette vitalité :
• d’abord, le changement de statut de l’église : en 1449, Sainte-Croix est érigée en collégiale -c’est-à-dire desservie par un collège de chanoines-, sur la demande du dauphin Louis II, nouveau maître des lieux et futur Louis XI, roi de France
• D’autre part, la fin du Moyen Age est marquée par l’essor d’une religiosité laïque : des « mystères », (mises en scène de la vie du Christ ou de saints avec participation des habitants du lieu) en 1448 ou 1453, des legs pieux faits à la collégiale sous forme d’argent ou de terres (Sainte-Croix acquiert ainsi une maison près de la porte Saint-Martin) le patronage de chapelles dans l’église par des nobles (comme les Pracomtal ou les de Vesc) ou le développement de confréries, attestent d’une attente plus aiguë de Dieu. Ainsi, la « compagnie des arbalétjere » obtient des chanoines, en 1512, un autel dédié à Saint Sébastien, martyr protecteur évoqué en temps de peste.
• De plus la trentaine de chanoines qui constituent le chapitre entendent occuper une place de choix dans la vie du bourg, d’où une série de conflits avec les consuls (« conseil municipal ») sur des points litigieux : entretien de la collégiale, choix et rémunération des maîtres et directeurs d’école... Les éventuels empiétements de l’évêque de Valence sont également surveillés.
• Enfin, signe de dynamisme, l’église Sainte-Croix doit subir d’importantes transformations au XVe siècle : en 1433, le toit est réparé ; l’année suivante, les chanoines font l’acquisition de fonts baptismaux et d’une custode ; dans les années 1490, d’autres travaux viennent ponctuer cette volonté d’accueillir des fidèles toujours plus nombreux et de centraliser au cœur de la ville les services religieux et l’administration des sacrements. L’église remise à neuf est consacrée en 1503 par l’archevêque d’Avignon, élu pape cette même année sous le nom de Jules II.
Ces coûteuses dépenses ne font pourtant pas obstacle à la fonction d’assistance aux pauvres que prend en charge l’Eglise. A Montélimar, une aumône est distribuée aux lépreux trois fois par semaine au pied de l’orme d’un des deux cimetières de Sainte-Croix, ou au couvent des Cordeliers.

V. Les tempêtes des guerres de religion et de la révolution française.

La diffusion des idées de Luther et de Calvin provoquent à Montélimar, comme ailleurs dans le royaume, une guerre larvée jusqu’à l’édit de Nantes de 1958 (pour l’essentiel). Ainsi, dès 1562, des « images » sont brûlées à Sainte-Croix, et les chanoines expulsés par les troupes peu disciplinées du baron des Adrets.
Les violences commises de part et d’autre sont scandées par des tentatives de cohabitation, comme en 1564-1586, période pendant laquelle le culte protestant est installé en face de Sainte-croix, mais dont l’entrée se fait par la rue Quatre-Alliances, afin d’éviter les provocations. Au total, les dégâts sont lourds pour la collégiale : incendiée en 1567, la nef est reconstruite entre I600 et 1606.
Pendant les événements révolutionnaires, le mobilier est saccagé. Un décret ordonne le pillage de Sainte-Croix en 1792. Mais l’édifice est conservé pour célébrer le culte de l’Être Suprême.

VI. Les aménagements de l’époque contemporaine (XIXe-XXe siècles)

Chronologie des constructions :
- 1818 : Construction de la voûte actuelle de la nef (voûte légère en briques minces) ; construction de la tribune qui supporte aujourd’hui les orgues ; 
- 1844 : Construction des tribunes latérales et réalisation du dallage de l’église ; 1874 : Le curé Vlel inaugure un grand orgue de 25 000 F-or ; 
- 1879 : construction des stalles et de la chaire ; le maître-autel du XVIIIe siècle est remplacé par un maître-autel de marbre blanc ; 
- 1885 : La municipalité Loubet finance la restauration de la façade et certaines parties de la nef ; les vitraux de la façade datent de 1895 ; 
- 1949 : Le chanoine de Guyon fait ériger la statue de ND de la Rose qui préside au centre de l’abside.

A la suite de Vatican II (1962-1965), plusieurs réaménagements s’inscrivent dans le droit fil de ce concile réformateur :
• le retable de l’autel en marbre blanc est enlevé. L’autel est avancé et tourné face à l’assemblée. Notre-Dame de la Rose est installée à sa place actuelle. Dans un second temps, la table de communion est enlevée.
• 1965 : « aggiomamento » de l’orgue dit de Merklin (1874) ; après avoir exercé une fonction exclusivement religieuse au XIXe siècle, l’orgue joue désormais un double rôle : il s’intègre davantage à la vie liturgique et devient un instrument de concerts (religieux ou profanes) à part entière.
• En 1983, nouvelle réfection de l’instrument (buffet dessiné d’une main de maître par Jean Gourjon, ingénieur à Montélimar, sculptures réalisées par Bernard Rey de Saint-Pierre d’Entremont en Chartreuse, mécanique Beckerath pour la partie instrumentale, tuyauterie).
Parallèlement, l’aménagement de la rue Sainte-Croix en zone piétonne et la disparition des anciennes halles côté sud ont permis de mettre davantage en valeur la collégiale. Enfin des initiatives récentes viennent à la fois prolonger les réalisation antérieures et donner un nouvel élan :
• 1997 : suspension, dans le chœur de la « Sainte Croix de la Vie ordinaire », oeuvre du peintre Jan Haen (Amsterdam) :
• 1998 : mise en place du Chemin de Croix (en lien avec la Sainte Croix de la Vie ordinaire), réalisé par 70 personnes, croyantes ou non, parmi lesquelles figurent des artistes locaux, et à l’initiative du Père Joseph Slabbers, prêtre de l’interparoisse de Montélimar.
• 2015 : inauguration du Choeur avec une croix de gloire et mise en place en harmonie avec l'ensemble.
à suivre...
 
  
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